Humanisons le progrès

Humanisons le progrès

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Le parlement des entrepreneurs d’avenir, fondé par Jacques HUYBRECHTS, fêtait son 10-ième anniversaire ces 22 et 23 janvier à l’OCDE sur un thème propice aux débats : Humanisons le progrès. Je n’ai hélas pas eu le temps d’assister à toutes les tables rondes (de toute façon plusieurs d’entre elles se déroulent en parallèle) mais je vous propose ci-dessous quelques points qui ont retenu mon attention, ainsi que des réflexions plus personnelles en italique.


Le sens du travail

Première table ronde sur le thème « Le travail : quel sens, quel accomplissement », animée par Arnaud de SAINT SIMON.

Les grandes entreprises sont représentées par Sylvie PERETTI, très heureuse de travailler dans le groupe GENERALI qui favorise l’engagement des collaborateurs autour de 4 valeurs : responsabilisation, empathie, simplification et innovation. Tout semble aller pour le mieux dans le groupe puisque le questionnaire qui mesure l’engagement tous les deux ans obtient un taux de réponse élevé et met en évidence une bonne ambiance de travail. On peut toutefois se poser des questions sur la fréquence du questionnaire : il peut se passer beaucoup de choses en deux ans de temps compte tenu des mutations en cours. Et le récent procès de FRANCE TELECOM a montré que le plus important n’est pas de lancer un questionnaire mais de choisir les bons plans d’actions pour faire face aux difficultés identifiées. Sylvie PERETTI constate toutefois un vrai défi pour répondre en même temps aux contraintes du code de travail français et aux attentes individuelles croissantes des jeunes générations.

Une question posée par une participante interpelle sur l’arrivée de l’IA et les problèmes éthiques auxquels vont être confrontés, entre autres, les services RH. Pour Sylvie PERETTI, le problème ne se pose pas puisque l’IA n’est pas encore installée dans les métiers. Un rapide tour sur le web montre pourtant que d’autres services du groupe GENERALI communiquent largement sur la mise en place de robots RPA.

Frédéric LEMOINE représente le Groupe LEADER, avec la lourde tâche d’expliquer comment l’on peut donner du sens au travail pour des contrats intérimaires. Pour lui le plus important reste de trouver un vrai travail, même sous une forme intérimaire, pour des populations souvent en difficulté. C’est en s’impliquant localement dans la vie de leur territoire que les salariés des agences vont pouvoir favoriser l’engagement des intérimaires. Une petite charge de sa part au passage sur les sujets à la mode comme la marque employeur : plus on en parle sur le site web moins elles sont présentes au quotidien dans l’entreprise.

Pierre-Noël GIRAUD est très critique sur le système actuel des sociétés occidentales. C’est parce que les dirigeants de nos sociétés riches ont considéré que de plus en plus de gens devenaient «inutiles » (frémissements dans la salle…) que le populisme monte en flèche et menace nos démocraties.

Marie-Monique ROBIN défend les expérimentations de territoires « zéro chômeur longue durée » car chaque chômeur longue durée coûtent 18.000 euros à la communauté (évaluations des coûts induits qui ne sont pas que les allocations chômages). La logique consiste à les recruter d’abord et à trouver ensuite des travaux de préférence dans le secteur non concurrentiel.

Hortense HARANG, dirigeante de Fleurs d’ici, a mis au point une organisation basée à la fois sur des outils digitaux et des flux logistiques pour valoriser l’horticulture française et permettre aux producteurs indépendants de gagner correctement leur vie. Une petite structure donc, mais elle vient au secours du groupe GENERALI en signalant que les jeunes doivent avoir le courage d’aller travailler dans les grands groupes, les faire évoluer de l’intérieur.

Thierry MUNIER, d’ALTEMPO basé dans l’Est de la France (intéressant de voir que les exemples les plus intéressants cités dans les différentes tables rondes viennent souvent des régions) assemble les compétences individuelles pour imaginer de nouveaux projets. Il cite l’exemple des crèches provisoires, basées sur un type de bâtiment original, mais aussi de nouveaux processus pour assurer un taux de remplissage optimal en prenant en compte les besoins particuliers des parents.


Mesurer le progrès

La première table ronde du jeudi après midi s’interrogeait sur le thème « quel progrès faut-il mesurer ? ». Pas de s quel dans le titre et pourtant….

Fabrice BONNIFET, responsable du Développement Durable chez BOUYGUES, regrette que le coût écologique des matières premières ne soit pas pris en compte dans les flux financiers, basés uniquement sur les rémunérations offertes aux acteurs qui les extraient puis les transforment. Il milite donc pour prendre en compte la dette environnementale dans la comptabilité. Il faut revoir la métrique de la performance des entreprises : l’argent fait partie de la respiration de l’entreprise mais ne doit pas devenir sa raison d’être. Ceci amènerait probablement le groupe BOUYGUES à gagner moins d’argent mais semble inévitable pour continuer à exister, se développer sur le moyen et long terme. Un seul acteur ne peut pas y aller seul, il faut donc travailler sur l’ensemble d’un secteur, par exemple le btp, avancer par cercles concentriques. Pour lui, les choses avancent, mais le temps presse…

Dans le même esprit, Jean Guillaume PELADAN de SYCOMORE Asset Management, regrette le manque de corrélation entre système économique et environnement. Il a développé le NEC (Net Environnemental Contribution) pour évaluer l’alignement de la stratégie des entreprises avec la transition écologique.

François JEGARD préside le Comité RSE de l’ordre des experts comptables. Il regrette que peu d’actions soit menées en faveur de la RSE dans les PME (mais sait-il que l’outil diag26000.net est en accès libre pour les petites structures et utilisable par une personne n’ayant jamais entendu parler de RSE?). Pour lui la solution passe par les experts comptables, qui disposent de la rigueur nécessaire pour faire évoluer la comptabilité.

Avec lita.co, Eva SADOUN se bat pour introduire plus de transparence sur les données financières, aider les citoyens à réorienter leur épargne vers les produits financiers les plus responsables. Mais les données pour évaluer correctement ces produits financiers sont rarement publiques et souvent difficiles à obtenir.

Fella IMALHAYENE anime Global Compact France. De nombreuses entreprises commencent à mettre en œuvre des actions autour des fameux 17 ODD. Mais pour elle il ne s’agit que d’un premier pas. Il faut maintenant que les entreprises les prennent aussi en compte au niveau de leur stratégie. Elle attend aussi une normalisation des données extra financières.

Drôle de sentiment à la fin de cette table ronde. Tous les intervenants semblent d’accord sur les besoins de nouveaux outils de mesure et plusieurs d’entre eux sont en charge de mission de service public, mais chacun avance dans son coin. Ou plutôt n’avance pas vraiment, faute de convaincre les autres de monter dans le même train. Un problème d’Ego ? De lutte pour le territoire d’influence et la notoriété de chaque acteur ? C’est dommage car la planète attend et les années passent !


Politiques, Entreprises et Citoyens

Une autre table ronde de ce jeudi après midi cherchait à comprendre comment « politiques, entreprises et citoyens peuvent faire cause commune ».

Jo SPIEGEL, maire de KINGERSHEIM a quitté le parti socialiste pour créer Place Publique et développer la démocratie participative dans sa commune. Il milite pour une démocratie transformative, une coconstruction qui s’inscrit dans la durée, prend le temps nécessaire pour s’adapter à la complexité, faciliter la métamorphose chère à Edgar MORIN. Une habitante de KINGERSHEIM vient d’ailleurs témoigner sur l’importance du temps, de la prise en compte des différents avis, en prenant l’exemple de la mise en place du marché de Noël.

Christophe CHEVALIER, Président du Groupe ARCHER explique comment il a redonné espoir aux habitants autour de ROMANS, commune sinistrée avec le déclin de l’industrie de la chaussure en France. Son projet startup des territoires a permis de faire émerger de nouveaux projets sur une base participative. L’important c’est que chacun puisse donner son avis, « sortir ses tripes » . Il cite d’ailleurs le chiffre de 200 animateurs pour la dernière réunion avec 1.492 participants. Soit le chiffre n’est pas le bon, soit les méthodes d’animation pourraient être améliorées !

Coralie DUBOST est députée LRM de l’Hérault. Assez logiquement, pour elle, les choses doivent venir « en même temps » des initiatives d’entreprises et des réglementations préparées par les politiques. Elle souligne que les choses commencent à bouger car, si cette année les différences de salaires ont continué à augmenter dans le CAC40, elles ont par contre diminué pour le SBF120. Elle propose de rouvrir les bistrots qui ont disparu de nos villages et quartiers. Ces lieux permettaient des échanges et débats entre différentes classes sociales. Scoop de Denis LAFAY qui animait cette table ronde : Emmanuel MACRON et Laurent BERGER sont d’accord sur cette idée qui ne semble pas si délicate à réaliser.

Christophe ITIER, Haut Commissaire à l’Économie Sociale et Solidaire, suggère d’arrêter de penser « pour » et se mettre à penser « avec ». Il faut faire évoluer la comptabilité, arrêter d’enseigner Milton FRIEDMAN puisque l’on sait qu’il faut aller vers d’autres modèles. Il regrette une véritable immaturité collective de notre société dans son ensemble. Il rejoint les interrogations à la fin de la table ronde précédente : il existe plus de 400 labels sur l’environnement en France : comment les citoyens et les responsables d’entreprises peuvent-ils s’y retrouver !

2 commentaires
  • JACOB Mathieu
    Posté à 13:41h, 28 janvier Répondre

    Merci pour votre feedback et cette prise de note en live. Je travaille à mon échelle à proposer une offre de services dédiée au TPE et PME (en appui d’organismes publiques et d’associations) pour les accompagner à intégrer le plus tôt possible une stratégie RSE au coeur de leur stratégie d’entreprise.

    • Pablo SANTAMARIA
      Posté à 12:26h, 31 janvier Répondre

      Merci pour votre commentaire. Si vous voulez aider les TPE PME en RSE, jetez un coup d’oeil sur https://diag26000.net Outil déjà utilisé par +10.000 dirigeants pour faire le point sur leur stratégie RSE

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