Rencontres du Dialogue Social

Rencontres du Dialogue Social

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Béatrice de LAVALETTE, adjointe au maire de Suresnes et déléguée au dialogue social, à l’innovation sociale et aux ressources humaines a réussi le tour de force d’organiser les 9ièmes Rencontres du Dialogique Social ce 18 octobre, jour pendant lequel la France était en partie paralysée par de nombreuses grèves.

Grâce à son engagement, la mairie de Suresnes est en pointe sur de nombreux points : régime indemnitaire au mérite (à la hausse mais aussi à la baisse), accueil des animaux domestiques sur le lieu de travail, sport pendant le temps de travail, reconnaissance des parcours syndicaux…

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L’Europe

La première table ronde a réuni des représentants de différents pays Emmanuel JULIEN de l’Organisation Internationale du Travail, Marjolene HENNIS, représentante des Pays Bas auprès de l’OCDE, Johan RYDBERG, de l’Ambassade de Suède en France et Tom JENKINS de la confédération européenne des syndicats qui connaît très bien le modèle britannique. L’occasion de redécouvrir la complexité européenne avec des bases du dialogue social très différentes d’un pays à l’autre.

Comme le rappelle ce graphique, la France a un très faible taux de syndicalisation. Par contre une majorité de salariés français sont couverts par un des accords signés au niveau de la branche ou de l’entreprise. D’autres pays atteignent des sommets en pourcentage de salariés syndiqués car seuls les syndiqués sont couverts par l’accord négocié par leur syndicat ! La notion de salaire, souvent sujet de dialogue social, présente aussi des différences importantes. Alors qu’en France nombre de manifestations se sont organisées pour demander à l’état d’augmenter le salaire minimum, en Suède ou en Italie ce n’est pas l’état qui fixe un niveau minimum de salaire.

La France

Une seconde table ronde a regroupé Nicolas LETELLIER, de Total Energies, Martine NICOLAS de l’Oréal, Audrey RICHARD du Groupe Up et présidente de l’ANDRH, Jean Christophe SCIBERRAS de Global Deal France, Amélie WATELET d’AXA France avec Paul-Henri ANTONMATTEI comme animateur.

Audrey RICHARD se réjouit du grand nombre d’accords signés suite à la mise en place des ordonnances Macron, souvent des accords d’entreprises plus que des accords de branches, en grande partie pour organiser le télétravail. Rappelons sur ce point précis que les chiffres LEDIAG montrent l’importance de négocier sérieusement la mise en place du télétravail. Les organisations ayant choisi de l’imposer perdent des points sur chacune des 5 dimensions de notre modèle

Mais les capteurs de l’ANDRH remontent aussi de nombreuses préoccupations des DRH sur les négociations salariales. Dans le groupe UP, la structure coopérative basée sur le principe d’une voix accordée à chaque collaborateur, apporte une autre dynamique au dialogue social.

Jean Christophe SCIBERRAS nous a présenté les nouveaux indices permettant d’évaluer la Qualité du Dialogue Social. 9 indices basés sur un total de 900 points. Un long chemin à priori puisque ces indices vont rester privés jusqu’en 2024 avant de pouvoir être utilisés par un plus grand nombre d’entreprises. Le mécanisme proposé comporte de sacrées « marches d’escalier » dans le calcul de chaque indice : +30% si les partenaires sociaux sont associés au dialogue et que leur vision est en phase avec celles de la direction et par contre -30% si ces partenaires ne sont même pas impliqués. Une grille donc sans doute plutôt à remplir par des auditeurs externes qui vont juger de cette implication ? Il me semble un peu dommage d’attendre plusieurs années avant de partager. Mais je regrette aussi qu’il ne soit pas prévu d’alimenter ces indicateurs, au moins en partie, avec les résultats de cartographies participatives comme permet de le faire LEDIAG ou bien d’autres start-ups.

L’importance de la reconnaissance des parcours syndicaux, des compétences acquises dans le cadre des mandats syndicaux a fait consensus. Il faut permettre le retour des élus vers postes plus classiques, un peu comme il est nécessaire de prévoir des passerelles entre public et privé.

Pour favoriser ces échanges,le groupe Up organise des formations regroupant syndicalistes et responsables des ressources humaines. Les managers sont par ailleurs formés au management de représentants syndicaux.

Nous avons aussi eu une explication au décalage entre les sujets portés par les syndicats et les attentes du privé. En France, la représentativité des syndicats est basée sur le vote et pas sur l’adhésion syndicale. Or, dans les congrès syndicaux, seuls les syndiqués sont représentés. Comme il y a beaucoup plus de syndiqués dans le public, les thèmes discutés lors des congrès donnent souvent plus d’importance aux préoccupations du public, moins concernés par exemple par l’avenir de leur entreprise qui ne risque pas de disparaître.

En France toujours, il n’est pas nécessaire d’être syndiqué pour être couvert par l’accord d’entreprise ou de branche. Cela explique en partie le fait que les jeunes ont du mal à comprendre l’importance de la représentation syndicale.

Après le déjeuner, Laurent LESCURE, de l’UNSA, nous rappelle deux conditions nécessaires pour le développement d’un dialogue social efficace :

  • Défendre autre chose que ses intérêts personnels ou même que ceux de son entreprise
  • Avoir la volonté d’aboutir, d’accepter des compromis et pas seulement chercher à manipuler pour faire passer son point de vue.

En France, hélas, l’affrontement fait partie de notre culture. Depuis la révolution les français gardent un certain attachement romantique pour les insurrections. Pourtant, si les congés payés ont bien été décrochés avec les grèves de 36, la sécurité sociale a, elle, été mise en place par des négociations non conflictuelles.

Franck MOREL, le père des « ordonnances Macron » de 2017, celles qui ont instauré une instance unique de représentation du personnel, les a défendues. Il existe d’ailleurs un comité d’évaluation de ces ordonnances, dont le rapport est pour le moment nuancé. Il a aussi partagé les conditions qui lui semblent nécessaires au succès de telles réformes :

  • avoir un constat partagé sur la nécessité d’une réforme
  • avoir un soutien législatif fort
  • savoir où l’on va
  • disposer d’un sentiment de légitimité : par élection ou par négociation collective

note de l’auteur de ce billet : vue l’utilisation répétée de l’article 49.3 par notre première ministre, ces conditions ne semblent pas totalement réunies ces derniers jours…

Gilles de ROBIEN, ancien ministre, nous a fait par part de son inquiétude quand il voit le Président de la République choisir des chemins de traverse (ex CNR, nouvelles commissions…) plutôt que de s’appuyer sur les élus et les partenaires sociaux. Il appelle à d’avantage d’empathie, non pas pour les causes elles même, mais pour les gens qui portent les revendications et qui ont besoin d’être écoutés.

Bernard COHEN-HADDAD, CPME Paris Ile de France, est aussi pour l’écoute des corps constitués, éviter de les court-circuiter. Peut être le Président estime-t-il que ces corps ne peuvent pas bouger aussi vite qu’il le souhaiterait mais il prend le risque d’accélérer la délitement du corps social initié par la crise COVID.

Impossible évidemment de résumer en un seul billet tous les échanges de cette journée très riche. Mais les personnes présentes qui estimeraient que j’ai oublié un élément important peuvent bien sûr le rajouter en commentant ce billet.

En écoutant ces nombreux responsables engagés dans la vie de notre pays, je ne peux pas m’empêcher de me poser la question du rôle d’un outil comme LEDIAG en matière de dialogue social. Certaines questions de l’outil sont très proches de ce sujet, comme celles portant sur la prise en compte des idées émises par chaque collaborateur ou encore la participation de chaque personne à la stratégie de l’entreprise. Mais surtout les réponses aux questions proposées par le diagnostic vont pouvoir alimenter le dialogue social et donner une base concrète de discussion aux négociateurs. Je pense en particulier à celles portant sur les rémunérations, l’organisation du télétravail, le droit à la déconnexion… Si vous souhaitez découvrir cet outil, suivez ce lien pour réaliser votre auto diagnostic.

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